Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 09:39

Sur ton bateau fier                                                     

Cambré comme un Dieu Grec

Ta stature en impose !

Ton ventre en avant balance tout ton corps

Et ton petit cul rond chavire

Oh cruel… quelle grâce !

Retournes toi un instant

 

Tes yeux mi-clos scrutent l’horizon

Puis soudain ton regard dans le mien s’y plonge

Et s’enfuit aussitôt serein

Sans plus d’autre attention

 

Ton sourire est celui de la Joconde

Qu’il est beau et pointu l’espace d’une seconde !

Redresse encore la tête salaud

Et que rien ne t’arrête

 

Vas-y, drive ton boat

Et souris encore au vent violent

Que je t’admire encore, encore, et encore

Et qu’une sève chaude me traverse le corps

 

Tel un archange, tu voles au-dessus des flots

Ta crinière est de feu !

Et l’anneau rond qui perce ton oreille

Te donne un sacré air de pirate

 

Qui es-tu mon salaud ?

Pour être aussi fier

Arrête un peu ton char

Et descends prés de moi qu’on discute un peu

 

 

 

 

 

 

 

Par marcus1734
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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 10:30

 

 

 

        Nous arrivâmes dans la vallée de Todra le 31 décembre en début d’après-midi. Le soleil pénétrait dans la vallée étroite et profonde, maintenant une douce chaleur. Trois petits hôtels étaient blottis contre la paroi rocheuse abrupte du coté droit, tandis que du coté gauche, quelques grimpeurs s’essayaient à l’escalade avec cordages et pics. Les deux parois étaient très proches et escarpées tandis qu’un torrent dévalait de la montagne, avec comme passage entre les deux rives, un petit pont en bois sans balustrade desservant les hôtels.

     Nous laissâmes la voiture à gauche, sur un semblant de parking, et traversâmes le pont pour nous enquérir des disponibilités pour la nuit. Ils étaient tous complets, mais le dernier des trois nous proposa aimablement de fêter le réveillon avec eux, et de dormir sur les banquettes du restaurant, après. Des braseros étaient installés dans la salle, et un petit orchestre était prévu… Nous avions nos sacs de couchage dans la voiture, et vu le froid que nous avions du affronter la nuit, lors de notre périple dans le désert, la proposition nous séduisit.

     Nous avions quelques heures à tuer, et nous décidâmes de poursuivre à pieds le petit chemin de terre qui remontait la vallée, puisque la route goudronnée s’arrêtait là… puis, revenir dans la soirée pour réveillonner et dormir.

     Le petit chemin caillouteux remontait les gorges, avec ça et là un groupe de palmiers et quelques chèvres escaladant les parois rocheuses, mais le ruisseau était à sec et on se demandait où avait bien pu passer ce superbe torrent qui bordait les hôtels. Certainement souterrain à cet endroit là. Le chemin montait en serpentant le long des parois toujours encaissées mais moins abruptes, quand nous aperçûmes un panneau peint sur un gros rocher, indiquant : « Auberge 5 kms » .

      Nous avions le temps, et nous décidâmes d’aller boire un thé dans cette auberge perdu dans la montagne. Tandis que nous montions toujours, le soleil ne pénétrait plus dans la fente étroite des gorges. Après quelques kilomètres de marche, nous n’apercevions aucune auberge à l’horizon. Nous fîmes une halte, nous demandant s’il était raisonnable de continuer, vu que le soleil n’allait pas tarder à se coucher et que le retour dans la nuit froide risquait de nous égarer. Nous avions décidé de faire demi-tour, ayant du mal à imaginer une auberge dans un endroit aussi désolé et nous asseyames quelques instants sur un rocher pour nous reposer, quand apparu au détour du chemin, un jeune marocain qui montait aussi. Quand il fut à notre hauteur, nous lui demandâmes si l’auberge était encore loin et il nous assura que non, et nous proposa de l’accompagner car il s’y rendait aussi…

     A chaque tournant, nous pensions voir apparaître une auberge pimpante où nous pourrions nous désaltérer, mais il n’y avait rien que des pierres et des rochers.

 

 

 Puis le chemin monta de façon plus abrupte, et au bout d’une longue côte, nous aperçûmes une espèce de cabane en pierre avec de la tôle ondulée dessus et quelques chevreaux autour. Deux petites tables rondes et quelques chaises constituaient un semblant de terrasse. Le soleil embrasait le ciel et ne tarderait pas à disparaître derrière la montagne qui n’était que cailloux sans arbre.

Devant la cabane, se tenait un jeune garçon de 19 ans environ, assis sur le sol dans une position de méditation, le regard fixant un point à l’horizon. Ses cheveux étaient ras et il portait un superbe chèche touareg bleu cobalt un peu fané, tandis que son corps était enveloppé d’une djellaba de même couleur avec une encolure en V et une poche centrale brodée sur la poitrine. Il émanait de lui une étrange beauté… Il se tenait droit, les deux jambes repliées, tandis que son cou et son visage à la peau claire, se détachaient de la masse de bleue comme une statue d’albâtre. Rien ne semblait bouger si ce n’est l’étoffe de son habit qui frémissait au vent léger. Même les petits cabris, semblaient un décor tant ils faisaient peu de cas de notre présence.

Je m’approchais du jeune homme, et lui demandais si on pouvait avoir du thé. Je sentais mon cœur battre de façon inexpliquée comme par crainte de déranger un rite sacré… mais il ne daigna pas me répondre, et c’est à peine si je compris qu’il m’avait entendu au geste à peine ébauché qu’il fit de sa main, que j’interprétait comme un geste de bienvenue, mais nous devions attendre.

Nous nous installâmes donc sur les chaises en plastic blanches, et il resta dans sa position sans même poser un regard dans notre direction. Nous étions là depuis un moment, silencieux, regardant le soleil disparaître définitivement, nous fondant dans ce décor figé, quand apparu un garçon plus âgé, habillé à l’européenne ou plutôt comme un pâtre grec, les cheveux brun bouclés, les yeux sombres et profonds, se dirigeant vers nous avec lenteur.

D’un sourire engageant, il se présenta : Hadi, frère du premier, 35 ans, berbère. Il nous prépara un thé à la menthe, et s’assit avec nous pour bavarder. Il avait été enseignant d’anglais dans une école privée à Mekhnès, mais le salaire n’étant pas suffisant, il avait choisi de construire ce qu’il appelait une auberge, mais qui n’était qu’un cabanon, dans ce coin perdu de montagne où il avait une concession. Il était charmeur, parlait un Français impeccable et nous parla de son projet aidé de son frère, de construire quelques chambres… mais l’eau faisait défaut et ils étaient en train de creuser un puits qui avait déjà plusieurs mètres, et pour l’instant ils n’avaient trouvé que du sable, en espérant bien trouver de l’eau bientôt. Tout le projet dépendait de ce puits, qui pour l’instant restait désespérément à sec.

Nous devrions bientôt rentrer à l’hôtel, mais il insista pour que nous restions encore un peu, et s’engouffra dans la cabane pour en ressortir avec une sorte de cithare bricolée de ses mains, et se mit à jouer une musique lancinante avec un regard grave et nostalgique, qui nous charmait

. La musique se liquéfiait dans l’air pur de la nuit et nous enveloppait d’une douceur bienfaitrice, malgré le froid qui commençait à se faire sentir.

Son frère Youssef n’avait toujours pas bougé du seuil de la cabane, et je l’avais en point de mire. En regardant le musicien jouer, je pouvais l’observer sans bouger… juste en tournant d’un degré, l’angle de mes yeux. Mais chaque fois que mes yeux pivotaient vers lui, je sentais son regard brûlant s’attarder quelques secondes sur moi, pour reprendre ensuite sa position initiale. Tandis que le joueur semblait complètement absorbé par son art, et chaque fois que mon regard croisait celui du garçon bleu, je sentais une onde de chaleur me traverser, et le rythme de mon cœur s’accélérer sensiblement.

Ce manège dura un moment, comme un jeu dont nous étions les seuls à connaître la règle, tandis que les autres n’étaient plus que des personnages irréels, coquilles vides sans consistance. La musique se solidifiait dans ma tête, remplissant tout mon être, au point que j’en ressentais la moindre vibration.

Puis Youssef se leva soudain, rentra dans la cabane et en ressortit avec un petit tambourin en peau et un tabouret et vint s’asseoir à coté de moi, face à son frère et l’accompagna des ses mains élégantes en le fixant obstinément. Je pouvais l’observer de profil, tout prés à le toucher, et je ne m’en privais pas puisqu’il s’offrait le visage et le cou nus. Son visage me paraissait d’une nudité choquante, comme un cadeau, et le grain de sa peau, d’une finesse extrême avait quelque chose d’indécent. Ses lèvres charnues étaient comme un brasier rouge incandescent, tandis que l’arête de son nez absolument rectiligne se terminait par deux petites narines qui frémissaient comme les ouies d’un poisson sortant de l’eau. Ses yeux vert de gris avaient quelque chose de glacé comme une source de montagne en hivers, et je sentis tout d’un coup le froid me transpercer et je dis : « j’ai froid ». Il se leva aussitôt et m’enveloppa les épaules d’une couverture en laine qui sentait l’animal chaud, qui m’enivra comme si c’était son corps qui m’enlaçait.

Quand le froid fut trop intense, nous rentrâmes dans la cabane… ils nous proposèrent de dormir ici, mais nous avions les duvets dans la voiture, et cette petite pièce au sol en terre battue, aux murs en pierre nue, au décor misérable dont le seul luxe était un réfrigérateur à gaz, ne pouvait nous inciter à rester… et puis nous devions réveillonner à l’hôtel et y dormir. Il fallait donc partir…à regret.

Nous étions sur le point de reprendre notre route, quand Youssef déclara : « Je descends avec vous car j’ai une lampe et vous ne retrouveriez pas le chemin ». Le fantôme d’albâtre venait de parler…

Je répondis à hadi : « Ton frère n’est donc pas muet ! »… ce qui fit rire Youssef d’une fort charmante façon, et je voyais l’éclat de ses dents parfaites et son visage s’éclairer enfin.

Nous reprîmes le chemin du retour, tandis que Youssef et Christophe marchaient devant, je traînais un peu à l’arrière avec Stéphanie et l’autre garçon qui nous avait accompagnés à l’aller. Il fallait faire attention aux cailloux du chemin et je trébuchais parfois, malgré la lampe et le bras bienfaiteur de l’autre garçon qui ne me lâchait pas d’une semelle.

 

J’aurais préféré que Youssef me soutienne de cette façon, mais il galopait devant sans m’accorder le moindre intérêt.

Quand enfin nous arrivâmes dans le bas de la vallée, à coté des trois hôtels, un petit café avait sa terrasse éclairée, et l’air y était nettement plus doux qu’en haut, certainement à cause de la paroi rocheuse gorgée de soleil toute la journée. Je leur proposais de prendre un verre, et Youssef vint s’asseoir à coté de moi. Il me regarda alors d’un drôle d’air et tout de go me dit : « Je voudrais que tu viennes passer quelques temps avec moi chez ma mère qui habite dans la montagne, à quelques kilomètres de l’auberge… »

Je l’observais, tout prés de moi, je voyais son visage bouger enfin, ce n’était plus une statue, il était détendu et sa présence me troublait et me ravissait. L’extrême pureté de ses yeux me bouleversait et je ne pouvais pas douter le moins du monde de la sincérité de sa proposition. Après avoir encaissé le coup, je répondis : « Si je viens avec toi chez ta mère, je te préviens je vais certainement tomber amoureux de toi… » un silence flota, et il me répondit avec l’innocence de son âge : « moi… c’est déjà fait »… Que pouvais-je répondre ?…

Nous nous regardions avec douceur et intensité, comme deux amants frappés d’un coup de foudre fatal… et les mots devinrent du miel liquide coulant de nos lèvres assoiffées. Je l’embrassais sans aucune pudeur, et posait mes lèvres doucement sur les siennes, tandis qu’il se laissait faire comme anesthésié sans y trouver à redire, pas plus que nos amis qui s’étaient tu, ni la terrasse entière qui faisait semblant de n’avoir rien vu.

Une histoire d’amour naissait… et ne serait qu’un feu de palmes dont il ne resterait que des cendres froides mêlées à un peu de sable que le vent emporterait dans son tourbillon d’hivers.

Bien sur, j’aurais pu partir sur le champs avec lui chez sa mère, prendre un autre avion plus tard, dire à mes amis de rentrer sans moi, ou rester avec lui dans cette auberge au sol en terre battue harcelée par le vent froid de la montagne.

Mais je répondis : « Je dois rentrer dans trois jours Youssef…»

Il me regarda comme un enfant qu’on vient de gronder, et je crus qu’il allait pleurer, mais ses yeux d’azur se couvrirent d’un voile de buée, et il baissa les paupières comme on ferme une porte à regret.

Je tentais alors de donner une dernière chance à cet amour naissant et je dis : « Demain nous serons dans la vallée des roses à l’hôtel de la Gazelle… je t’y attendrai… ».

 

 

 

 

 

 

          desservant les hôtels.

Par marcus1734
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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 09:31

Je ne sais pas pourquoi…un soir de décembre dans cet hôtel de Nouadhibou, me revient en mémoire, mais quand les deux hommes sont entrés dans le bar, j’ai su que cette soirée ne serait pas comme les autres.

Le temps avait brusquement changé dans l’après-midi, le ciel toujours bleu s’assombrissant de gros nuages rougeâtres, et un vent de sable faisait crépiter maintenant assez violemment sur les baies vitrées de l’hôtel, toutes sorte de particules venant du désert.

J’étais en bout de bar, un verre de bière tiède à la main, essayant d’apercevoir la tempête à travers les fenêtres salies, quand la porte vitrée donnant sur la plage s’est ouverte brusquement, laissant apparaître un tourbillon de poussière, et les deux hommes sont entré.

L’un était de race blanche, le teint halé, avec un chapeau cabossé sur la tête… l’autre, la tête nue, couleur d’ébène, les bras musclés d’un noir brillant, pendaient de son débardeur échancré, tandis que le rose nacré de ses pommes de main tel un coquillage, faisait pendant à l’ivoire de ses yeux sombres.

Ils étaient tous les deux de même taille… beaux… chacun à sa façon.

Le blanc révéla son identité  quand il s’adressa au barman pour commander « dos cerbesas por favor ! »…

Il était tout prés de moi, et sa veste de toile beige dégageait une odeur indéfinissable d’embruns, de poisson frais, ou de chien mouillé…mais cela  n’était pas désagréable…je dirais presque au contraire.

J’étais assis sur un tabouret du bar, et il me dépassait d’une bonne tête, très droit, un sourire de Joconde aux lèvres et son regard usé quoique percutant erra quelques instant autour de lui, puis se posa directement dans le mien l’espace d’une seconde…tout en échangeant trois mots à voix basse avec son compagnon, comme s’il lui faisait une confidence. Ils semblaient avoir une grande complicité ou bien un lien quelconque les unissaient.

Je les observais du coin de l’œil, quand le blanc se retourna calmement, me montrant toutes ses dents blanches, tandis que son regard s’éclairait amicalement : «  holla ! que tal ! » 

Il me parlait en espagnol et c’est ainsi que j’appris qu’il commandait un gros chalutier espagnol péchant dans les eaux poissonneuses de Mauritanie…Je ne me souviens plus très bien de quoi nous avons parlé encore, mais ce dont je me souviens… c’est qu’il me regardait d’une façon telle que je ressentais une excitation indéfinissable qui atteignit son apogée quand il me demanda si nous pouvions aller boire une bière dans ma chambre d’hôtel !

J’ai trouvé sa proposition tout à fait naturelle… et j’ai accepté sans mesurer les conséquences d’une amitié si soudaine, me demandant toutefois avec angoisse si son sbire d’ébène allait nous suivre. Mais le noir n’avait pas bougé d’un cil et son regard opaque presque animal laissait supposer qu’il était ailleurs et que tout cela ne le concernait pas.

Nous nous dirigeames donc vers la réception, et quand je réclamais au vieux réceptionniste arabe la clef de ma chambre, quelle ne fût pas ma surprise quand il déclara que l’espagnol ne pouvait pas monter !... Vexé, je lui demandais pourquoi, mais il avait l’air déterminé et regardait l’espagnol comme s’il venait de commettre un crime et qu’il voulait me protéger du danger que j’encourrais.

Je sentais le regard pesant des clients du bar, tandis que mes jambes se dérobaient… et j’ai dû regarder l’espagnol avec un tel désarroi qu’il m’attrapa le cou d’une main et le bras de l’autre avec douceur et assurance et m’embrassa sur les lèvres comme s’il voulait me faire un cadeau d’adieu !

Puis il repartit calmement, emmenant son sbire d’un signe de tête, et disparaissaient par la porte de la plage, laissant un tourbillon de poussière scintillante flotter comme par magie dans l’espace enfumé du bar…

Hombre ! Ton baiser avait le goût de la bière et de la sardine grillée mais je m’en souviens encore…

 

 

Par marcus1734
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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 09:08

   La soirée était particulièrement étouffante. Un air chaud, parfumé, enveloppait la ville plongée dans une quasi-obscurité. Les générateurs qui alimentaient la ville n’étaient pas encore branchés, tandis que le soleil avait disparu brusquement, ne laissant qu’une ligne rose à peine fluorescente sur l’horizon marin.

         J’avais décidé de rentrer à pied de mon bureau, et je devais traverser la petite ville de Malabo perchée sur une falaise blanche pour rejoindre le quartier des villas européennes blotties sous une luxuriante végétation où j’habitais. Je me délectais de l’architecture de style andalou, des balcons en fer forgé, des azulejos aux couleurs chatoyantes de ces belles maisons coloniales espagnoles, qui de jour n’étaient plus que des fantômes délabrés, mais de nuit retrouvaient tout le faste de leur richesse passée. Je sortais de la fraîcheur climatisée de mon bureau, et j’avais l’impression de flotter dans un bain de vapeurs brûlantes comme au hammam.

         La place principale était déserte, la cathédrale avec sa façade baroque n’était plus qu’une carcasse fantomatique se détachant du ciel étoilé, tandis que la mer qu’on devinait en contrebas, n’était qu’un immense trou noir qu’on entendait à peine respirer. Sur un des bancs carrelés de la place, était assis une silhouette d’homme immobile au point qu’on pouvait la confondre avec une des statues du square voisin, sauf qu’elle n’était pas sur un socle, mais assise sur un banc, faisant bloc avec lui. J’ignorais si la statue m’observait, mais tandis que mon regard faisait le tour de la place, effleurant le détail d’une façade, imaginant des intérieurs fastueux, me délectant de l’harmonie de ce lieu sans vie, j’étais irrémédiablement attiré par la seule chose que je devinais vivante, comme un espoir posé sur ce banc dans la pénombre.

         Il fallait que je m’approche, quitte à être transpercé d’un coup de couteau et jeté du haut de la falaise tout proche où je serais dévoré par des piranhas affamés… mais je devais y aller… tel était mon sort.

         Je m’approchais lentement, et la silhouette toujours immobile prenait forme peu à peu…puis quand je fus tout prés, alors que le visage était encore dans l’ombre, j’entendis soudain : « hola ! que tal ? »… avant que j’aie le temps de répondre, il se levait, et se dressait en face de moi une belle stature imposante dont le visage maintenant éclairé, me paru celui d’un ange exterminateur.

         J’étais prés à succomber, à mourir sur le champs, mais l’ange me souriait et l’éclat de ses dents et le blanc de ses yeux scintillaient comme des lucioles dans la nuit noire.

Je répondis : «… bien… gracias… que haces aqui…solo en la noche ? ». Son visage souriait toujours : « nada…nada senior…quieres pasear un poco ? »

         Nous marchions lentement dans les rues vides, et je n’étais plus préoccupé que par la conversation lente et un peu laborieuse de deux solitudes marchant côte à côte sur une île au large de l’Afrique, aux antipodes l’un de l’autre, mais faisant des efforts pour se comprendre, communiquer dans une langue qu’aucun des deux ne maîtrisait vraiment. Ces pas nous amenaient doucement vers la villa où j’habitais, et lui proposais tout naturellement de venir boire un verre : « una cerbesa fresca… senior ! »… « si…fresca…muy fresca ».

         Le gardien de la villa me gratifia d’un regard à la fois soumis et désapprobateur… je ramenais un “local” pour la première fois. Je savais que je pouvais lui faire confiance, si d’aventure, l’ange s’avisait de devenir démon. La villa n’était pas très ancienne, mais possédait un faste colonial indéniable. La grande salle était soutenue par deux énormes colonnes et ouvrait sur une grande terrasse fermée par des claustras lui donnant un coté intime et protecteur malgré l’assaut nocturne de gros moustiques vampires porteur de paludisme qui vous suçaient le sang si vous ne vous enduisiez pas les parties exposées d’huile de citronnelle.

         J’allais chercher deux bières dans la cuisine et entrepris de lui faire visiter la maison. Arrivé dans ma chambre, il parut très intéressé par la salle de bain qui était vaste avec une énorme baignoire. Je lui demandais s’il en possédait une chez lui, et il me dit que non, sa famille était trop pauvre…

         Alors je lui proposais en plaisantant de prendre une douche s’il le souhaitait, et à ma grande surprise, il se déshabilla sur le champs et s’installa nu comme un ver sous la douche et me demanda s’il y avait vraiment de l’eau chaude. Je dis que oui, et lui réglais l’eau à la bonne température et il se mit après quelque hésitation sous le jet, les bras ballants me regardant comme s’il tentait une expérience extraordinaire. Voyant son désarroi, j’entrepris de le savonner et il se laissa faire comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit de se faire savonner par un inconnu.

         Peut-être pensait-il que les Européens ont des comportements tellement bizarres qu’il vaut mieux ne pas les contrarier sous peine de s’attirer des ennuis. Il se laissait donc faire, sans la moindre pudeur.

         Je savonnais ce corps puissant qui s’offrait sans malice tandis que sa peau noire luisait comme de l’ébène lustrée. J’attaquais les cuisses épaisses,

puis le sexe lourd sans qu’il s’en ému outre mesure. J’étais à ses pieds comme un esclave savonnant son prince d’ébène et il se laissait faire comme un enfant docile. Je tentais une offensive dans la raie profonde de son cul si joliment bombé, mais ses fesses étaient fermées comme deux blocs de marbre hermétiques.

 

 Puis il se détendit et se pencha légèrement en avant pour me laisser pénétrer de la main le sillon brûlant et je sentis mon corps traversé d’une onde de douceur. Je le laissais ensuite se rincer comme à regret… il prit son temps sous le jet tiède tandis que je l’observais debout. Puis, je lui présentais une serviette propre et entrepris de l’essuyer avec beaucoup de soin et il se laissa faire, docile.

Tandis que nous nous installions sur le lit, et comme il ne songeait pas à se rhabiller, je lui proposais de lui faire un massage. Il venait de m’annoncer qu’il était footballeur dans l’équipe de Malabo, et comme il avait eu un entraînement aujourd’hui, quoi de plus naturel et de bénéfique qu’un massage après l’effort.

Il se mit sur le ventre comme s’il allait s’endormir, tandis que je me déhabillais. Je m’assis alors tranquilement sur ses fesses bombées et confortables et entrepris de lui masser les épaules et le dos… Sa peau était à la fois ferme et d’une douceur extrême, comme de la soie épaisse dont l’odeur, mélange capiteux de savon et d’épices rares m’énivrait. Mes mains glissaient sur cette peau au grain parfait, tandis que mon sexe se durcissait lentement, mon cœur battait la chamade et ma gorge s’asséchait comme un désert brulant…

Je ne pouvais pas en rester là, il fallait que j’explore plus avant cette ‘terra inconita’, que mon désir exulte et ma bouche enfin se déhaltère… alors, n’y tenant plus, je glissais doucement sur ce corps sans vie, et de peur de l’éfaroucher me faisant plus léger qu’un felin, je me penchais pour éffleurer de mes lèvres tant de douceur offerte, mais il ne bougeait plus, au point que je crus qu’il dormait vraiment. Alors je m’enhardis à glisser ma langue le long du creux central que faisait son dos musclé, et je descendis lentement j’usqu’au bas de ses reins, me retrouvant ainsi la tête posée sur les deux globes charnus de ses fesses qui s’entrouvaient légerement, tandis que je sentais le parfum suave de sa peau devenir plus puissant, comme un nectar dont j’aurais trouvé la source. Irrémédiablement attiré vers ces profondeurs insondables, je tentais d’enfoncer mon nez puis les lèvres jusqu’à m’étouffer, pris d’une frénésie incontrolable. Ma langue pointue s’enfonçait dans une fôret de poils dont l’épicentre était un cratère lisse et glissant comme un puits sans fond dont l’odeur me foudroyait. Son cul se redressa, pivotant comme pour mieux s’offrir…J’étais au bord de l’extase… quand soudain les deux globes se refermèrent et je n’eu d’autre alternetive que de lacher prise.

Il se retourna d’un trait, exhibant un sexe dur et poitu comme un cône parfait, et sans que j’eu le temps de réagir, renversa la situation pareil à un animal bléssé avant le coup fatal et empoigna mes cheuveux d’un geste  fou. 

 

 L’ange devenait démon, la proie se métamorphosait en prédateur et

je n’étais plus qu’un objet face à son désir impérieux. Il se redressa comme pour mieux me dominer, et m’arrachant les cheuveux, enfonça profondémént son vit majestueux dans ma bouche entr’ouverte…telle une oie que l’on gave, je sentis alors un liquide suave couler dans ma gorge asséchèe… puis il lâcha prise et tout son corps se détendit.

Tandis que je gisais vaincu, un gout acre dans la bouche, il s’habillait avec nonchalance, sans un mot ni la moindre expression… la séance était terminée. Je le regardais ébahit, lui demandant où il allait, il me répondit sans me regarder qu’il devait rentrer.

C’est ainsi qu’il disparut dans la nuit chaude et je ne le revis jamais.

 

 

 

 

Par marcus1734
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 09:36

 ZAGORA : à la recherche d’une oasis

 

             

On était en Mars et j’avais décidé de me retirer quelques temps dans une oasis du sud marocain… En fait j’avais une vision assez précise du  genre  d’oasis que je recherchais… Quelques palmiers, des jardins potagers sous les palmes, de la menthe et plantes aromatiques et surtout de l’eau, c’est à dire de petits ruisseaux serpentant le long de chemins en terre battue , avec une eau transparente et de minuscules poissons argentés sur un tapis de galets brillants.

            Je ne rêvais pas… J’avais déjà vu pareille merveille à El Ain à la frontière des Emirats et de l’Oman , et cette superbe oasis m’avait enchanté. De petits bassins entourés de murets étaient aménagés ça et là pour le bain , et on pouvait y voir du chemin en se penchant légèrement, des autochtones,  hommes ou garçons principalement, se laver dans le plus simple appareil, leur djellaba ou saroual posés sur quelques pierres.

            Je m’étais même baigné ce jour là, tellement le lieu s’y prêtait et cette eau attirante était comme un nectar au parfum de rose.

            J’avais gardé en mémoire ce petit paradis au milieu du désert ou tout appelait au repos, à la contemplation et à la promenade faite de rencontres sympathiques avec quelque passant ou jardinier proposant parfois de partager avec lui un verre de thé à la menthe.

            Mon objectif était aussi de faire quelques croquis, voire quelques photos, pour coucher à l’acrylique sur une toile, une fois rentré, ces bribes de scènes version arabica.

            Il est vrai aussi que je n’étais pas insensible à ces sourires charmeurs, à ces corps ambrés, à ces démarches indolentes et empreintes de noblesse de ces garçons dont la beauté me rappelait les statues antiques.

           

            Mon dévolu s’était porté sur Zagora à la limite du désert… Et de là, j’essayerais de trouver une petite oasis perdue entre les sables ou je pourrais louer une chambre dans une maison en pisé ou les jours s’égrèneraient  à l’ombre des palmiers dattier.

            Je pris donc un avion pour Ouarzazate, aéroport le plus proche de ma destination. Ouarzazate est une ancienne ville de garnison du protectorat français qui n’a d’autre intérêt à mes yeux que la beauté et la gentillesse de ses habitants ce qui n’est déjà pas si mal en somme. Je n’y restais que le temps de me procurer une voiture à louer et de faire quelques provisions pour la route. La ville est située sur un plateau ou il fait encore assez froid au mois de Mars… Mais j’allais m’enfoncer dans la douce chaleur du désert au printemps.

            Je quittais la ville le lendemain de mon arrivée. La matinée était ensoleillée et vers 10 heures, le soleil commençait à peine à me réchauffer les os après une nuit glaciale, dans un petit hôtel sans chauffage, malgré la pile de couvertures dont je m’étais couvert.

            Après la traversée d’un plateau aride recouvert de cailloux sans un arbre à l’horizon, la descente vers la vallée du Draa s’annonçait prometteuse.

            Et là oh merveille, la route longeait une vallée luxuriante et serpentait le long de la rivière au milieu de palmiers en traversant de petits villages en terre rouge érodée avec ça et là sur le bord de la route une villageoise au costume bariolé sur fond  noir ou des enfants faisant de grands signes aux R4 de location qui passaient. Une petite halte pour un pique-nique improvisé au bord du Draa ou quelques enfants sortis de nulle part vous regardent manger comme si vous étiez un extra terrestre tombé du ciel, fut salutaire. 

 

 

 

 

 

J’arrivais en début d’après-midi à Zagora sous une chaleur presque accablante avec l’envie de me désaltérer de quelque soda bien frais. Sur la place ou on trouve le fameux panneau : « Tombouctou 92 jours », un petit hôtel  avait une terrasse ombragée.

            Après avoir visité une chambre qui ne me convenait pas, je décide de faire une pause et m’installe en terrasse avec le responsable de l’hôtel vide qui n’avait apparemment pas autre chose à faire que de discuter avec un étranger à cette heure de l’après midi.

            Vint alors se joindre à nous un marchant de tapis voisin qui s’installa à notre table, comme si on se connaissait depuis longtemps. Le marchand me posa quelques questions. Il s’ennuyait ferme dans sa boutique vu que la saison n’était pas encore commencée et le moindre touriste égaré pouvait l’intéresser.

            Je lui répondis que je cherchais une petite oasis dans le désert ou me poser.

Pas de problème me dit-il : « J’ai un ami touareg qui possède une oasis privée ou si je voulais, il pouvait m’emmener… car son ami était très accueillant.

            Je lui répondis que je ne souhaitais pas acheter de tapis mais ça n’a pas eu l’air de lui ôter sa jovialité et il m’a dit qu’il allait fermer sa boutique et qu’on partait sur le champs avec ma voiture. La seule condition était qu’il voulait conduire car me dit-il nous allions prendre des pistes, mais qu’avant, il voulait me montrer une ruine phénicienne sur le haut d’une colline d’ou on pouvait voir la ville et la vallée du Draa.

            J’acquiesçais sans me formaliser, car je ne suis pas un fan de la conduite et nous partîmes.  Il conduisait sec et plutôt rapide sur un chemin caillouteux aux ravins abrupts et nous arrivâmes à monter sans trop de dommages à part quelques chocs de cailloux sous le châssis de la voiture .

            Effectivement le point de vue valait le détour. La vallée du Draa s’étendait au Nord comme un tapis de verdure et sa rivière argentée avec la ville en contrebas, tandis qu’au Sud s’étalait le désert avec ses dunes rousses et ses oasis-confétis, touffes de vert dérisoire.

            Il m’en désigna une au hasard, me disant que c’était celle de son ami Abdou… Elle était blottie au pied d’énormes dunes qui la distinguait des autres. Nous dévalâmes donc le chemin pentu dans un fracas de pierres dont le bruit m’assourdissait.

            Puis, ce fut la piste longue et droite et sa traînée de poussière chaude qui s’élevait dans le ciel bleu, et les dunes étaient notre point de mire. Le visage me brûlait et la poussière fine s’infiltrait dans toutes les parties de mon corps et de mes vêtements.

            La première chose que nous vîmes près des dunes, ce fut une tente touareg et quelques chameaux attachés… Nous arrêtâmes la voiture à quelque distance… Il régnait un calme apaisant. Seul le souffle chaud du désert et les mouches agglutinées autour des bêtes  peu intéressées par les nouveaux arrivants.

            Son ami Abdou dormait comme un prince arabe sous sa tente touareg avec djellaba de basin bleu et chéchia noir mordoré sur une couche de tapis en laine aux couleurs chamarrées.

            La scène était belle et j’aurais voulu la prolonger, mais le prince ouvrit un œil vitreux et nous accueillit à regret, sans se départir d’un rictus engageant à la commissure de ses lèvres charnues.

Après quelques palabres en arabe, il fut décidé que nous allions prendre un thé à la menthe dans l’oasis toute proche. Un muret de terre rouge qui se craquelait ou s’effondrait par endroit l’entourait et seules les palmes ondulaient au vent léger.

 

 

 

 

 

 

 

La porte de l’oasis était entre-ouverte et dès que nous pénétrâmes, une fraîcheur bienfaitrice nous envahit. Sous les dattiers, une culture maigrichonne venait d’être arrosée et Abdou nous désigna un terre-plein au bord d’un grand bassin à l’eau transparente venant d’un puit, sur lequel était étendu quelques tapis et coussins.

Nous nous installâmes donc… Abdou claqua dans ses mains et apparu un jeune et beau garçon au regard grave à qui il donna l’ordre de nous servir un thé, et le garçon s’engouffra dans ce qui devait être la maison.

            Une myriade d’oiseaux virevoltaient dans la verdure et Abdou détendu bavardait avec entrain... Ses yeux pétillaient et la commissure de ses lèvres gardaient son rictus charmeur… Il avait des hôtes et il jouait son rôle de maître des lieux avec gentillesse et prévenance. Son ami Mohamed le marchand de Zagora se tenait en retrait.

            Le thé fut servit avec soin, rituel immuable, par le petit page qui n’avait pas plus de 15 ans et faisait office de jardinier m’assura-t-on, puis il disparu avec discrétion.

            Cet instant salutaire à l’ombre des palmiers, me récompensait de la fatigue du voyage et me laissait présager que j’avais trouvé le lieu que je cherchais.

            L’instant était magique, pas une fausse note à l’horizon, le thé délicieux, l’ombre fraîche, Abdou souriait malicieusement… Puis il me pris la main pour me faire les honneurs de sa maison comme si j’étais un ami d’enfance.

           

            La porte était basse et étroite, mais quand je levais la tête, je découvrit une grande pièce assez sombre, quatre gros piliers de base carré soutenaient un plafond haut, au centre duquel, une ouverture carré également, laissait apparaître un bout de ciel bleu.

            Aucune fenêtre, les seules ouvertures sans porte donnaient sur des chambres obscures.

Aux murs en pisé rouge, pendaient toutes sortes de poignards, colliers d’ambre, fibules, fusils ouvragés, tentures, et objets d’orfèvrerie qui en faisait une vrai caverne d’Ali Baba.

Sur le sol en terre battue, plusieurs épaisseurs de tapis et quelques coffres cloutés.

            Abdou, mon touareg, était marchand lui aussi. J’étais à la fois émerveillé et déçu car je me trouvais chez un marchand, dans un lieu désertique, et connaissant  l’opiniâtreté des  marchands de tapis marocains, je redoutais l’instant pénible ou je devrais partir sans satisfaire la convoitise de mon hôte.

            Mais Abdou me recevait en gentleman et ami, car en aucun moment il ne s’attarda sur un objet en particulier pour m’en vanter les mérites, ni n’eu l’attitude habituelle d’un commerçant habile.

            Il me proposa gentiment de sortir mes bagages et de m’installer chez lui et m’invita à partager son repas du soir… J’hésitais un moment… Puis, je décidais que j’irais chercher d’abord  un hôtel à Zagora ou je laisserais mes bagages, mais j’acceptais son invitation du soir. Il n’insista pas et me dit qu’il allait commander un couscous, et qu’il m’attendrais à 21 heures. Il fut convenu que Mohamed m’accompagnerait car, il devait ouvrir sa boutique pour la soirée et nous reviendrons ensembles car, je ne retrouverais sans doute pas la piste tout seul de nuit.

            Après avoir pris une chambre à la Fibule du Draa, vieil hôtel en pisé perdu dans l’immense palmerais de Zagora, j’allais chercher Mohamed à sa boutique et nous refîmes le trajet inverse, soit une quarantaine de kilomètres de pistes dans la nuit étoilée.

            Nous arrivâmes à l’heure dite et quand nous pénétrâmes dans l’antre d’Abdou, un couscous fumant nous attendait dans un grand plateau posé sur un coffre. En guise de sièges, des tapis pliées faisant office de poufs confortables, et une lampe à pétrole sous la trouée de voûte céleste comme éclairage.

 

La scène avait un parfum de mystère et d’excitation digne des milles et une nuit… Nous prîmes place sans plus tarder et la conversation pris un tour animé, tandis que le petit jardinier nous présentais des rinces doigts et serviettes. Le couscous se mangeait directement dans le plateau avec la main droite, et Abdou me poussait des morceaux de mouton au gras jaune succulent. Je comprenais mal comment un met aussi délicieux avait pu être confectionné dans ce coin isolé… J’appris plus tard que la famille d’Abdou, sa femme et ses enfants, habitaient à Tamegrout petit village à 20 kms d’ici, que nous avions traversé tout à l’heure.

Abdou parlait de ses affaires, de ses chameaux, de son oasis dont l’eau se faisait de plus en plus rare, tandis qu’on se biafrais gentiment, quand apparu alors, à ma grande surprise un jeune européen sortant d’une des chambres obscures, qui vint s’asseoir autour du plat.

Il n’était pas très loquace, et les deux autres ne s’en préoccupait pas plus que s’il n’existait pas. Intrigué, j’essayais de le faire rentrer dans la conversation, mais il n’avait décidément pas envie de parler… Je compris qu’il était Allemand et ne parlais que cette langue. Il m’expliqua néanmoins dans un anglais sommaire, qu’il venait de Libye par le désert et qu’il se reposait chez Abdou quelques temps.

Je n’en su pas plus, et je me désintéressais de lui, quand je sentis une main ou un animal m’effleurer le pied, que j’avais nu car nous étions déchaussés. Abdou se trouvait sur ma gauche, et sa main droite virevoltait entre le plat de couscous et la faconde de ponctuer avec sa main, ses propos.

Je n’osais regarder mon pied, car je redoutais que ce ne fut la main d’Abdou.

Quand je m’y résolu enfin, le doute n’était plus permis. Sa main un peu huileuse me caressait distraitement la cheville, puis le pied, sans altérer le moins du monde sa joviale façon de parler. Les deux autres ne pouvaient rien voir, vu l’obscurité et la position de mon pied qui était presque collé au sien, car nous devions écarter les jambes pour accéder au plat de couscous.

J’étais à la fois un peu gêné, et touché à la fois d’un geste si amical, et après quelque hésitation, je décidais de ne pas déplacer mon pied, chose que je pouvais difficilement faire d’ailleurs, et je fis comme si je ne m’étais aperçu de rien.

Je considérais que mon pied était pris en otage, comme ce pauvre Allemand que j’imaginais drogué, et pour une mystérieuse raison, prisonnier de ces deux hommes. D’ailleurs, il osait à peine manger et son regard en disait long sur sa détresse.

J’aurais peut-être du m’enfuir sur le champ, et rentrer dans la nuit quitte à être impoli après un accueil si charmant, mais je sentais qu’il fallait que je reste quoiqu’il arrive.

Je savourais l’instant, les yeux d’Abdou scintillaient comme les étoiles du carré de ciel au dessus de nos têtes, mes papilles gustatives éclataient d’allégresse, tandis que les doigts graisseux d’Abdou, s’insinuaient maintenant entre mes doigts de pied comme pour leur faire l’amour. Mon pied, sous la pression de sa main dominatrice, audacieuse, enamourée, n’était plus qu’un objet sexuel, et le corps qui allait avec, se détendait et se tendait inexorablement.

Quand le repas pris fin, les deux autres comparses  disparurent comme par enchantement dans la nuit … Le film s’arrêtait soudain, et je me retrouvais seul avec Abdou qui avait repris sa main et me regardait d’un air étrange et grave dans un mutisme absolu. La lampe vacillait, et sa peau noire luisait dans la pénombre…

Il me proposa d’aller dans le jardin… Et il me prit la main sur un sentier étroit et surélevé, tandis que des deux cotés brillait la terre arrosée et flasque d’une parcelle de culture semblable à une rizière.

 

 

 

           

Sa main me serrait fortement sous le prétexte de ne pas tomber d’un coté ou de l’autre, tandis que je prenais conscience de la masse imposante de sa stature et de sa respiration saccadée et courte, comme un râle animal, et  je sentais son souffle sur ma nuque et mon cou.

Quand je me retournais, les yeux d’Abdou injectés de sang, me fixaient, à peine éclairés par la pale lueur de la lune, et son sarouel tombé n’était plus qu’un morceau de tissus à ses pieds, tandis qu’il s’acharnait sur sa djellaba qu’il finit par envoyer valser dans la fange humide sur le bas coté du chemin.

            Je tentais de m’enfuir, mais il me tenais le poigné et je sentis soudain son ventre chaud et son sexe dur contre moi,  j’essayais de me dégager en tentant d’articuler quelques paroles qui puissent le calmer, mais une main m’en empêcha.

            La situation était périlleuse… Je voulais gagner du temps. Nous étions bel et bien seuls dans cette oasis perdue, et je me demandais ou avaient bien pu passer les autres.

            Quand je fut en mesure de parler, je lui dis de se calmer et que nous devrions retourner dans la maison. Il me souleva alors dans ses bras comme une épousée la nuit de ses noces, et il me porta d’une traite jusqu’à la salle ou nous avions mangé… Il traversa la pièce, et s’engouffra dans une des chambres du fond, ou je me retrouvais dans une obscurité totale, coincé entre ce que je supposais être deux piles de tapis.

            Je ne pouvais plus bouger, tandis qu’il s’afférait sur l’ouverture de mon pantalon, je sentais le picotement de la laine rêche sur ma joue et l’odeur âcre des tapis neufs.

            Dans l’obscurité totale, il sut viser juste et son sexe pointu me pénétra avec une adresse de professionnel et il entama alors un va et viens maîtrisé et dominateur, tandis que ma tête suivait le mouvement sur la brosse que constituait la trame d’un tapis avec un aller rugueux et l’autre doux.

            Puis le rythme s’accéléra et j’entendis une sorte de grognement comme un râle animal et il s’effondra soudain de tout son poids, masse inerte, tandis que je suffoquais.

            Quand le calme fut revenu, il me montra son minuscule hammam dont l’eau était glacée, et nous bavardâmes comme deux lutteurs dans les vestiaires après le combat.

            Puis les autres réapparurent… Il était temps de rentrer.

            Sur le chemin du retour… Nulle parole échangé avec le marchand de Zagora , et je regagnais mon hôtel aussi frais et serin que l’aube qui se levait.

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par marcus1734
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